Introduction à la médecine ayurvédique

Qu’est-ce que la Médecine Ayurvédique ?

L’Ayurveda qui se traduit littéralement comme « la science ou la connaissance de la vie » est un système de médecine traditionnelle indienne. Il est unanimement perçu comme la plus vieille forme de médecine au monde (son origine remonterait à plus de 5000 ans). Son influence a dépassé les frontières de l’Inde pour atteindre d’autres grandes civilisations comme la Grèce et la Chine. On entend donc parfois et sans surprise que l’Ayurveda est la mère des médecines.

Les premiers textes védiques contiennent de nombreuses informations cliniques notamment sur la gestion de nombreuses maladies.

Avant toute chose, il faut comprendre que l’Ayurvéda considère toute maladie comme la conséquence finale d’un déséquilibre consumé de son être et/ou environnement. Les symptômes de la maladie sont alors des signaux transmis par le corps. Ils communiquent ce déséquilibre et ce besoin de retrouver l’harmonie. Ainsi, le principe fondamental de la médecine ayurvédique est de rétablir notre équilibre et la symbiose de notre corps avec l’environnement. Une fois l’équilibre retrouvé, le corps n’a plus besoin de nous le communiquer et les symptômes disparaissent, nous guérissons.

L’Ayurveda appréhende chaque personne et chaque maladie qui affecte la personne comme une même entité. Chaque être est unique comme chaque maladie est unique. Car elle s’exprime de manière singulière dans un corps. Aussi, lorsque l’on place la maladie comme un moyen de communication et non plus une fin, on ne se concentre plus directement sur le soin de cette maladie mais sur le soin de l’être. La médecine occidentale va généralement chercher des traitements et médicaments capables de soigner la plus grande population possible face à une maladie spécifique. La médecine ayurvédique va rechercher un traitement spécifique à un individu et à la forme unique de sa maladie. Cette logique est triviale et se base sur le fait que jamais la maladie n’affecte exactement les personnes de la même manière. Aussi il ne peut y avoir qu’un seul remède mais autant de remèdes que d’individus.

Principes de la médecine ayurvédique

Il est essentiel de bien connaître la nature du patient, la nature de sa maladie tout comme la nature du remède. Le terme nature ici prend le sens d’essence profonde et de véritable. Les qualités de la nature sont fortes de contrastes : lourd ou léger, chaud ou froid,… comprendre la nature d’une personne c’est dessiner la combinaison unique de ces caractéristiques.

L’arthrose est une maladie que nous pourrions résumer comme produisant une douleur pointue et mobile ou bien comme stable (si elle se situe dans les articulations), chaude (en produisant la dilatation des vaisseaux) ou froide (en cas de constriction vasculaire). On perçoit via cette illustration le caractère unique d’une maladie.

Le soin par les herbes se base sur cette logique de qualités (gunas). Certaines herbes nous apportent de la chaleur dans le corps comme le gingembre, d’autres permettent de le refroidir, comme l’hydraste du Canada. L’idée demeure identique, à savoir contrebalancer un déséquilibre par sa qualité contraire.

Les maladies froides se traitent par des remèdes chauds, les maladies lourdes par des remèdes légers, etc.

Le corps humain selon l’Ayurvéda

L’Ayurveda décrit le corps humain comme composé de 5 éléments, trois doshas (des énergies biologiques), 7 dhatus (tissus) et de nombreux srotas (canaux).

Les cinq éléments sont l’ether, l’air, le feu, l’eau et la terre. Ces 5 éléments composent la nature mais ne doivent pas s’interpréter littéralement. Ce sont des idées décrites en éléments. Ils illustrent l’idée de mouvement, d’espace, de chaleur, de robustesse, etc. Les trois doshas qui composent et gouvernent les forces de notre corps sont composés de ces éléments.

Les doshas et leur santé

Le dosha Vata est une force qui régit tous les mouvements de notre corps. Il se compose d’ether et d’air. Il est léger, sec, froid et mobile. Avoir une dominance de ce dosha signifie avoir ces mêmes qualités physiques et/ou mentales. Les Vatas ont tendance à être maigre, avoir la peau sèche,… En cas de déséquilibre de ce dosha, ils peuvent rencontrer des problèmes respiratoires ou ressentir des émotions froides (peur, anxiété,…). Ils sont facilement sujets à l’asthme et aux quintes de toux. Concernant leur système digestif, s’il devient lui aussi sec, les vatas peuvent être sujet à la constipation, à la formation de calculs rénaux. La qualité mobile, déséquilibrée, peut quant à elle provoquer de l’hypertension.

Le dosha Pitta est une force qui dirige toute la digestion du corps. Il se compose majoritairement du feu. Ainsi, il est donc chaud, léger, mobile et pointu. Il contient tout de même de l’eau pour ne pas être trop sec mais pas assez pour être humide non plus. Les pittas ont, la plupart du temps, le corps chaud et sont moins sensible au froid extérieur. Leur personnalité est exubérante, ils sont très sensibles aux émotions chaudes, la colère, la jalousie,… Leur digestion est logiquement bonne car c’est leur dosha dominant qui la gouverne. Un déséquilibre de leur dosha va impacter les parties du corps contenant du feu comme le sang, la peau, le foie et l’intestin grêle. La conjonctivite, l’acné ou les maladies du sang sont des illustrations d’un déséquilibre du dosha pitta.
Le dosha Kapha est la force dirigeant la croissance de notre corps. Il se compose de l’eau et de la terre. Il est lourd, humide, stable, doux et brut. Les kaphas ont souvent une carrure forte, la peau dure et les os lourds. Ils sont connus pour leur calme et leur sang-froid. Ils se déplacent et parlent lentement. Les sentiments lourds, comme la léthargie ou la rigidité les affectent particulièrement. Kapha influence principalement l’estomac et les poumons. On perçoit facilement le déséquilibre de ce dosha via ces organes comme par exemple avec les nausées ou le manque d’appétit. Des maladies comme l’obésité, certains cancers, des bronchites chroniques peuvent résulter d’un déséquilibre du dosha.

Alors que les doshas sont perçus comme les causalités des maladies, dathus, upadathus et les srotas sont à appréhender comme les lieux d’apparition de la maladie.

Les dhatus

Les dhatus sont des tissus, les upadhatus sont également des tissus additionnels et les srotas sont des systèmes de canaux.

On dénombre sept tissus : le plasma, le sang, le muscle, la graisse, l’os, la moelle et le tissu reproductif. Tandis que la médecine occidentale étudie chaque tissu séparément, l’Ayurvéda les étudie comme un ensemble. Chacun dépendant de l’autre et se nourrissant mutuellement. Donc, si une complication se développe pour un tissu, elle va éventuellement se développer de manière systémique. Les pathologies en Ayurvéda peuvent donc s’expliquer partiellement comme un déséquilibre des doshas à l’endroit où se situent les dhatus.

Lorsque vata pénètre un dhatu, celui-ci devient plus léger, sec et très mobile. Lorsqu’il s’agit de pitta, il se réchauffe, et lorsque c’est kapha, il s’alourdit, il s’humidifie et se stabilise. Prenons l’exemple du dhatu du muscle. Lorsque vata déséquilibre un muscle, il peut s’atrophier, si c’est pitta, il risque de inflammations, kapha, il peut grossir et devenir difforme.

Les srotas majeurs sont le système respiratoire, le système digestif, le système reproductif, le système cardiovasculaire, le système urinaire et le système d’hydratation du corps. Ce sont donc d’autres lieux où les doshas peuvent provoquer du déséquilibre et permettre l’apparition de maladies.

Lors des processus métaboliques du corps, l’Ayurvéda identifie des résidus et déchets métaboliques qui doivent être proprement éliminés pour maintenir une santé optimale. Ces déchets s’appellent des malas. Un dérangement dans le processus d’élimination des malas est un facteur de maladie.

La constitution ayurvédique

L’Ayurvéda définit chaque personne via sa constitution qui se dessine dès sa naissance. Celle-ci est le principe fondamental de l’équilibre des trois doshas. Cette constitution détermine les bases du corps d’une personne et sa personnalité.

Bien entendu d’autres facteurs jouent sur la formation du corps et de l’esprit, mais il est important de considérer la constitution comme l’on considère la génétique, en cela elle créée des prédispositions pour notre croissance.

Nous évoquons régulièrement le triptyque des doshas mais il ne faut pas faire l’erreur courante de penser qu’il y a donc 3 constitutions. En réalité les combinaisons sont infinies et propres à chaque personne. Nous en revenons au principe premier : chaque praticien de l’ayurvéda va s’atteler à comprendre la constitution de la personne qu’il traite. Ce n’est qu’ensuite qu’il va essayer de comprendre la maladie et la nature du déséquilibre.

Un point d’analyse important au-delà de la constitution des doshas concerne la force générale du corps (ojas) ou plutôt sa résistance face au stress et à l’anxiété.

L’étiologie, pan important du diagnostic ayurvédique

La pathologie est nécessaire pour le diagnostic d’une maladie. Mais tout aussi important est l’étiologie qui consiste à comprendre la vie d’un patient, ses habitudes et son environnement.

Une personne qui vit frénétiquement, change beaucoup de travail ou de relations, mange rapidement va nécessairement augmenter sa part de vata dans sa constitution.
Une personne qui vit avec intensité, ambition, cherche la compétition et qui mange régulièrement de la nourriture épicée, va logiquement augmenter sa part de pitta.
Enfin, une personne qui va avoir un rythme stable, une vie sédentaire et qui va consommer des aliments lourds comme les produits laitiers va augmenter sa part de kapha.